La recherche part du constat d’un manque : « les théories micro-économiques ont popularisé une conception où la propriété de l’entreprise est associée à celles des actions des sociétés commerciales qui servent de support juridique à l’entreprise » mais « la gouvernance basée sur la valeur actionnariale tend à considérer comme étrangère à l’entreprise toutes les autres considérations, et apparaît difficilement compatible avec la notion de responsabilité sociale de l’entreprise. »

Une équipe de recherche pluridisciplinaire (économistes, sociologues, spécialistes de sciences de gestion, juristes, etc.) coordonnée par Beaudoin Roger (Collège des Bernardins) et Olivier Favereau (Paris-Ouest Nanterre) a travaillé pendant deux ans sur le projet "Entreprises, formes de la propriété et responsabilités sociales". Elle a produit près d’une vingtaine de documents de travail et un rapport de synthèse discuté lors d’un colloque les 29 et 30 avril 2011.

Gestion "déformée"

Il en ressort que la financiarisation des entreprises, appuyée sur la « théorie de l’agence » (le patron est le mandataire de l’actionnaire-propriétaire et doit agir en son nom) a « déformé » la gestion des firmes et des « ressources humaines ». La crise financière met au jour la faiblesse de la construction intellectuelle de la « valeur pour l’actionnaire ». Pour les chercheurs, le point de départ de la théorie dominante, l'actionnaire est le propriétaire unique et absolu, est faux car il n'en assume pas tous les risques. Une refondation théorique de l’entreprise s’impose donc, qu’il s’agisse des aspects management, gestion ou droit.

Pour cette refondation, quatre pistes ont été retenues :

  • Redéfinir le statut du dirigeant : refonder son autorité et sa légitimité par un contrat d'entreprise et faire participer les salariés à ce choix.
  • Approfondir la démocratie dans l'entreprise : transparence de l'information, participation aux décisions.
  • Redéfinir les droits et devoirs des investisseurs : privilégier les actionnaires de long terme et faciliter le regroupement des individuels.
  • Constitutionnaliser les pouvoirs et devoirs des multinationales envers les consommateurs, les riverains, les Etats, etc.


On le voit, le chantier est donc considérable et rejoint des problématiques déjà discutées par l’IDIES. Prochaine étape : un séminaire doit réunir, au mois de novembre, des responsables de toutes les organisations syndicales et professionnelles afin de discuter du rapport de synthèse. A suivre donc.

Billet publié le 17 octobre 2011