Tandis que Les Echos ou Le Monde y voyaient un rapport accablant sur l’enseignement de l’économie, une pétition signée par des professeurs de SES et des universitaires estime que les propositions du rapport visent à mieux enraciner les SES dans l’enseignement secondaire et à renforcer la légitimité scientifique de cet enseignement alors que, pour sa part, l’Association des professeurs de sciences économiques et sociales manifeste à la fois sa satisfaction que les SES soient reconnues et son inquiétude devant certaines orientations du rapport.

Dans un entretien à paraître dans le numéro d’octobre d’Alternatives Economiques, mais déjà disponible sur le site du magazine. Roger Guesnerie s’explique. Il n’est pas sûr que cela réponde à toutes les questions.

L’entretien avec Roger Guesnerie est intéressant en ce qu’il livre son interprétation du rapport d’audit, dont il rappelle que c’est le fruit de compromis au sein de la commission qu’il présidait. En ce sens, il apporte des éclaircissements utiles et souvent favorables aux SES, tout en laissant subsister des ambiguïtés. Précisons.

Des éclaircissements utiles

Affirmation qu’il n’y a pas de contradiction entre formation du citoyen et préparation aux études supérieures, du moins si on l’entend comme transmission des connaissances « de base » en matière de sciences économiques et sociales. Refus d’un programme qui serait un simple décalque du premier cycle de sciences économiques à l’université, à l’instar de l’Angleterre ou comme celui proposé par l’IDE. Souci que les programmes soient conçus par des professeurs de terrain et des universitaires et en prenant en compte les impératifs pédagogiques.

Des ambiguïtés qui demeurent

La séquence : concepts et outils puis thèmes d’étude ; Roger Guesnerie y voit le bon « algorithme » de construction des programmes. Il est difficile de ne pas y lire une hiérarchie où les objets d’étude ne sont qu’un « prétexte ». Ce n’est pas ce que dit Roger Guesnerie, mais c’est pourtant ce qu’à bon droit on peut lire dans le rapport.

Les fondamentaux

Il n’emploie pas le terme, qui a fait l’objet de controverses et lui préfère celui de concepts et d’outils. C’est déjà un peu plus clair. Pour autant le programme de seconde proposé par l’IDE, que par ailleurs il récuse, et qui s’articule autour d’une liste impressionnante de concepts de la microéconomie néoclassique (lien), peut se réclamer d’une lecture possible du rapport.

Le croisement des disciplines

Roger Guesnerie adopte une position nuancée, mais qui est celle d’un universitaire ou d’un chercheur avec ses cadres de pensées, et le double souci d’ancrer scientifiquement l’enseignement de SES et d’établir une continuité entre enseignement secondaire et premiers cycles universitaires peut servir de prétexte non seulement à un toilettage (et à un allègement) certainement nécessaire des programmes, mais à leur remise en cause.

Au total, on peut penser que l’interprétation que Roger Guesnerie fait du rapport d’audit minore les aspects négatifs qui y figurent pourtant bien, en particulier dans la partie bilan. En bref, l’analyse livrée sur ce site au moment de la publication du rapport (« Rapport Guesnerie : les Sciences économiques sociales reconnues, mais menacées »), nous semble toujours d’actualité.

Le ministre a fait savoir que la réforme des programmes qui doit intervenir rapidement, s’inspirera du rapport « Guesnerie ». Mais si le rapport est unique, les interprétations en sont multiples, et il n’est pas sûr que l’interprétation de Roger Guesnerie lui-même soit celle qui soit retenue.

On peut cependant souhaiter que la prise en compte du rapport évite aux élèves des programmes du type de celui proposé par l’IDE, mais on sait, comme le rappelle Arnaud Parienty, qu’il y a souvent un écart important entre un rapport « d’experts » et sa mise en œuvre dans un programme d’enseignement. Si cela consiste à prendre plus sérieusement en compte ce que les professeurs peuvent réellement enseigner et les élèves réellement apprendre, il faut probablement s’en féliciter.

Mis en ligne le 19 septembre